Retour sur le Festivulve

Photo parue dans la Presse + le 10 juin 2018

Photo @Lapresseplus

Les 9-10 Juin derniers à Montréal s’est tenue la première édition du Festivulve- C’était aussi la première sortie publique du projet SEX-ED +. Retour sur une expérience…

Festivulve…Le mot en a fait rire plusieurs. Cela ne faisait pas très sérieux. Y a-t-il vraiment besoin d’un festival pour parler de noune? Ben ça a l’air que oui, parce que des centaines et des centaines de personnes sont passées pendant la fin de semaine. On salue Mel Goyer pour son initiative, sa capacité à rejoindre le grand public et le tour de force en terme d’organisation. En tant qu’exposante, tout était super.

Pour SEX-ED +, c’était une première présentation publique du projet. D’habitude, on travaille dans notre cave et on collabore avec des sexpert.e.s d’un peu partout dans le monde via skype…mais on n’est pas trop sorteux. Alors là, c’était un baptême du feu! 10 heures par jour à parler sans discontinuer, à des centaines de personnes…On en a perdu la voix pour une semaine, sans aucun regret.

Le Projet SEX-ED + est né d’une exaspération, celle de ne pas avoir d’outils adéquats pour parler des corps et des sexualités. De ne pas pouvoir accompagner les personnes dans leurs questionnements, leurs angoisses, leurs découvertes. Alors on a quitté pour un temps le salariat, on a appris le moulage et le travail de tout un tas de matières plus ou moins gluantes et on a commencé une production d’outils représentant des organes génitaux réalistes dans notre petite cuisine de Rosemont-Petite-Patrie.

Pour la première fois, ces organes ont été exposés au grand jour lors du Festivulve, et ça a confirmé toutes nos intuitions par rapport au projet et à la nécessité de montrer et de parler de génitalités. La première réaction des gens par rapport à cette exposition, c’est la gêne, la timidité…Puis la curiosité prend le dessus…la dizaine de moulages présentés permet de commencer à effleurer la grande diversité qui existe dans le domaine génital. La présence ou non de prépuce, sa grandeur, la taille des lèvres, le fait qu’elles soient plus ou moins charnues, le capuchon clitoridien présent ou pas. Nos organes génitaux, c’est un espace un peu inconnu, vulnérable, souvent une source de gêne, de honte ou d’angoisse. Et là soudainement, ils ne sont plus cachés mais exposés au grand jour, sans tabous. Alors on peut se comparer, évaluer, se rendre compte que ce qu’on pensait un peu anormal ou différent est en fait partagé par beaucoup. La star de la table SEX-ED + ? Le modèle de vulve en silicone avec clitoris amovible. Quand on le regarde à la lumière, on voit par transparence comment le clitoris se place dans la vulve…Stupéfaction pour beaucoup. On va chercher les copains-copines. On revient plusieurs fois. On pose des questions. Souvent les visages s’éclairent, parce que ce qui était ressenti physiquement vient de trouver une explication basée dans l’anatomie des corps. Combien de personnes m’ont dit: j’étais pas folle alors, c’est pour ça? Mon chum trouvait que ça avait pas d’allure, il me disait que je n’étais pas normale…Et oui, malheureusement, si la sexualité peut être magnifique, elle peut aussi créer de la détresse, de la souffrance, un sentiment de ne pas être comme il faut. Je savais que le projet allait toucher des zones vulnérables, mais je ne pensais pas accueillir autant d’émotions, de souffrance, de larmes parfois, de confessions intimes. Merci pour tous les partages, et j’espère vous avoir accompagné.e.s adéquatement dans ce que vous viviez.

Vu au Festivulve:

  • Des familles qui viennent montrer à leurs enfants à quoi ressemblent des organes génitaux. Le samedi, les enfants étaient gênés. Le samedi soir, à la maison, ils ont posé des questions. Le dimanche, ils sont revenus poser leurs questions, la gêne avait disparu.
  • Un jeune couple hétéro, pas encore la vingtaine, qui se chuchote à l’oreille en manipulant la vulve avec clitoris amovible.
  • Un groupe de gars, la quarantaine facile, qui se sépare de leurs accompagnatrices pour venir poser des questions techniques sur le point G et sa stimulation. Il y en a qui sont repartis avec plus de connaissances qu’ils en avaient en entrant, notamment que le point G n’est pas une réalité anatomique !
  • Des jeunes mamans qui essaient de deviner qui parmi les vulves exposées à déjà accouché par voie vaginale. Surprises de savoir la réponse. Oui, un accouchement peut modifier l’apparence externe de la vulve, mais non, on ne peut pas deviner qui a accouché ou pas en se basant sur ça.

On attend avec impatience la deuxième édition! Puis cette fois-ci, on va se préparer comme il faut, parce que la vague d’amour a été telle que notre site web est tombé en convulsion, incapable de gérer le trafic festivulvien. Tout est réparé vous pouvez aller nous visiter au www.positivesexed.org.

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