Des outils d’éduc-sex adaptés aux personnes qui ont un handicap visuel

« Les gens ont tendance à penser que les personnes qui vivent avec des handicaps physiques sont asexuelles, comme des enfants et n’ont pas besoin d’éducation à la sexualité. » (Murphy &Young, 2005)

Loin de cette conception capacitiste (validiste), les recherches montrent que ceux et celles qui ont un handicap visuel ont le même taux d’activité sexuelle que les personnes voyantes, même si l’initiation des relations est un peu plus tardive en moyenne (ce qui s’expliquerait par un isolement social accru). Ces personnes sont aussi plus à risque de vivre une agression sexuelle.

C’est pourquoi il est important que l’éducation à la sexualité s’adresse à tous les publics et soit adaptée et accessible, afin que chacun et chacune, indépendamment de son ou de ses handicaps, puisse y puiser les connaissances nécessaires pour développer une sexualité choisie, agréable et sécuritaire.

Seulement 50% des jeunes qui sont Aveugles ou ont un handicap visuel ont eu accès à des contenus d’éducation à la sexualité. Et, la plupart du temps, les outils utilisés ne sont pas adaptés pour transmettre efficacement l’information à cette partie de la population.

SEX-ED + présente un nouvel outil, adapté pour les personnes Aveugles ou qui ont un handicap visuel. Le kit est pensé pour l’apprentissage tactile avec un silicone qui reproduit la texture de la peau, et la documentation qui l’accompagne est en Français et en Braille.

Quelles mesures peuvent rendre l’éducation à la sexualité accessible et utile aux jeunes qui ont un handicap visuel, selon leur propres dires?

1) CONTENU (les informations inclues dans les curricula)

  • Devrait être le même pour tous.tes les étudiant.e.s, peu importe leur capacité
  • Devrait inclure une section sur la sexualité et la situation de handicap et les défis que cela peut entrainer, afin que toutes et tous puissent comprendre les enjeux spécifiques à la sexualité en situation de handicap
  • Devrait aborder les questions de la communication non verbale et du langage corporel (un aspect essentiel de la séduction non accessible aux personnes qui ont un handicap visuel)
  • Devrait inclure des stratégies pour apprendre à établir des limites pour la sécurité personnelle.

2) MODALITÉS D’ENSEIGNEMENT (comment les contenus d’éducation à la sexualité sont délivrés)

  • L’apprentissage doit pouvoir passer par le toucher, la mise en situation et la description claire et détaillée
  • Des modèles tactiles et des schémas en relief doivent être disponibles.

3) ENVIRONNEMENT (les espaces les mieux adaptés pour l’éducation à la sexualité)

  • Les classes devraient être mixtes et non pas ségréguées. Les élèves en situation de handicap ne souhaitent pas être traités différemment des autres
  • D’autres espaces devraient être disponibles pour des rencontres individuelles avec du personnel formé aux questions de sexualité dans un contexte de handicap afin de compléter et approfondir les connaissances.

« En portant attention aux contenus, aux méthodes d’enseignement et au contexte dans lequel se fait l’éducation à la sexualité, les professionnel.les peuvent contribuer à une transition positive vers une sexualité adulte. Cette étude montre que les jeunes qui ont des handicaps visuels n’ont pas reçu une éducation à la sexualité adaptée. De leur point de vue, il est nécessaire d’aborder les contenus plus en profondeur, en tenant compte de leurs besoins spécifiques. La principale préoccupation pour cette population est celle de l’intégrité personnelle et physique et la nécessité de l’outiller pour se protéger de situations sexuelles indésirables. Une autre préoccupation est que les intervenant.e.s puissent avoir des outils qui leur permettent de faciliter l’apprentissage des jeunes. Les professionnel.les de la santé et les autres membres de la communauté doivent s’atteler à cette tache afin de créer une attitude positive envers la sexualité de tous et toutes et ainsi contribuer à dissiper les mythes autour de la sexualité des personnes Aveugles ou qui ont des handicaps visuels. »

Extraits de « Sexual Health Education for Children with Visual Impairments: Talking About Sex Is Not Enough » C. Kruppa & S. Esmail, 2010. (Traduction libre)

Lectures supplémentaires:

  • « Sexuality and Disability: The Missing Discourse of Pleasure ». M.S. Tepper, 2000
  • « Sex Education Instruction for Students Who Are Visually Impaired: Recommandations to Guide Practionners ». G. Kapperman & S.M Kelly, 2013
  • « What Is Essential is Invisible to the Eye : Intimate Relationships of Adolescents with Visual Impairment ». M.Pinquart & J.Pfeiffer, 2011.